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C’était écrit?

Continuons notre odyssée spatio-temporelle. Le ministère des voyages dans le temps change les règles régulièrement. Il autorise à nouveau la publication de nos récits à travers les âges sous couvert qu’il représente un récit narratif. Le ministère ne veut plus d’articles au sens stricte. Il préfère que l’on raconte des histoires… C’est ce que nous faisons depuis Jules César mais après un XXIème siècle qui se voulait rigoureux, nous avons changé la sémantique au XXIIème siècle.

Comprenant que nos lecteurs s’attachent plus aux émotions qu’aux faits, nous avons décidé de les mettre aux services de la réalité de façon évidente. Jouer sur une corde émotionnelle pour raconter un fait sans le faire explicitement est contraire à l’éthique, mais qui oserait le faire de façon aussi évidente sans que ça se remarque?

Votre fidèle journaliste du temps a donc décidé de se rendre quelque part dans la Marne, en 1915, un an après le début de la Grande Guerre. C’était il y a près de deux cent ans, et nous savons tous comment ça a fini mais derrière ce caractère évident au passé que l’on raconte, il y a une chose que permet le voyage dans le temps : se rappeler qu’au présent, le doute prime.

Les armées ne bougent plus depuis des mois, et une ligne de front s’est figée dans la boue. Déguisé en infirmier (je vais pas combattre, je suis reporter du temps, pas reporter de guerres passées), je me permets d’interroger quelques soldats, les membres mutilés par le combat et l’esprit arraché par cette violence inouïe : »

-Alors soldat? ça va?

-Est-ce que ça va? Non, ça fait une semaine que j’ai quitté ma tranchée pour foncer dans le no man’s land, et que je suis arrivé ici, les membres blessés. Mais le pire, c’est les cauchemars. Cette guerre, elle nous prive pas seulement de nos amis, de nos familles, de nos bonheurs, ce qu’elle nous arrache, c’est notre sommeil, pour toujours.

Depuis que je suis allongé ici, on pourrait penser que je me repose, avec le tabac qu’on nous donne et la gnôle qui circule, mais ça suffit à peine à casser le cerveau. Pas comme cassé comme ceux que j’ai vu se répandre sur le sol, cassé pour éviter de se souvenir. J’ai aucune idée de quand ça s’arrêtera, tout ce que je vois, c’est que je dormirai plus jamais. Chaque nuit, je recommencerai à me battre, à moins d’avoir bu assez… Et cette guerre, elle ne s’arrêtera jamais! »

J’admets que j’espérai moins de larmes et plus de récits héroïques. Je ne retranscrit ici qu’une conversation que j’ai pu avoir mais elles ont toutes la même teneur. La guerre ça fait souffrir et ils y sont allés la fleur au fusil avant de se retrouver bloqués. Ça a duré 4 ans. Ces quatre années semblent sûrment évidentes au lecteur mais avez-vous déjà éprouvé de l’angoisse à attendre un courrier ou un événement sans savoir combien de temps vous alliez attendre?

De retour sur la lune, à mon époque, je me demande :

Avez-vous déjà commencé quelque chose en étant incertain du résultat? L’Histoire paraît toujours évidente parce qu’elle est terminée. C’est ce qui fait qu’elle semble si vraie, si évidente aujourd’hui mais vous-même, pensez-vous que demain est écrit? C’est ce que nous voulons vous démontrer à travers votre hebdomadaire Vérité Magazine : l’évidence se voit toujours dans le passé.

Boris Matter, pour Vérité Vraie Magazine, le 08/03/2220, depuis la lune.

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